Syrie-Turquie : Ankara mobilise l’OTAN
26 juin
Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a dénoncé mardi, un « acte hostile » de la Syrie et « une attaque lâche du régime al-Assad ». C’est le dernier épisode du feuilleton diplomatique qui oppose Ankara à Damas. Vendredi dernier, un avion de combat turc qui survolait la Syrie a été abattu par les forces armées syriennes. Damas a affirmé que l’avion avait violé son espace aérien, alors qu’Ankara martèle que l’appareil se trouvait dans l’espace aérien international.
Des déclarations qui font craindre une nouvelle escalade de la crise entre les deux voisins. L’OTAN, dont les membres se sont réunis ce mardi à Bruxelles, à la demande de la Turquie, juge la destruction de l’avion turc « inacceptable ». Analyse du bras de fer entre la Syrie et la Turquie par Fabrice Balanche, Directeur du Groupe de Recherches et d’Etudes sur la Méditerranée et le Moyen-Orient à la Maison de l’Orient et de la Méditerranée.
Tout a commencé vendredi 22 juin 2012, au large des côtes syriennes. L’incursion dans l’espace syrien aurait duré trois minutes selon la Turquie, cinq selon la Syrie. Pour le spécialiste du Moyen-Orient, Fabrice Blanchard, « Cet avion n’était pas là par hasard. Les Russes ont installé une station radar à Kessab à la frontière avec la Turquie. Cet avion venait tester la DCA syrienne ». Pour des experts russes, cités par l’agence d’Etat Ria Novosti, Le F-4 Phantom abattu testait la défense antiaérienne syrienne pour le compte de l’Otan et sa destruction a montré l’efficacité des systèmes russes dont est équipée la Syrie. Le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmed Davutoglu, de son côté a insisté sur le fait que l’appareil volait seul et n’avait « aucune mission, y compris de collecte d’informations, au-dessus de la Syrie« . Il a cependant reconnu que l’appareil était entré un moment dans l’espace syrien mais qu’il a été détruit 15 minutes après cette violation involontaire…
Mépris pour les règles internationales
L’OTAN s’est réunie mardi 26 juin, à la demande de la Turquie, qui a invoqué »l’article 4 du traité » de l’Alliance atlantique. Il prévoit que tout pays membre peut porter une question à l’attention du Conseil quand il estime que son intégrité territoriale ou sa sécurité est menacée. « La sécurité de l’Alliance est indivisible. Nous sommes aux côtés de la Turquie dans un esprit de forte solidarité »,a déclaré le Secrétaire général de l’Alliance atlantique, Anders Fogh Rasmussen. L’attaque contre l’avion turc est un « exemple supplémentaire du mépris des autorités syriennes pour les règles internationales, la paix et la sécurité, ainsi que pour la vie humaine« , a-t-il encore estimé, sans évoquer l’option d’une intervention militaire. « L’OTAN de toute façon refuse d’intervenir » estime Fabrice Balanche, « Rasmussen l’a déclaré à plusieurs reprises. ». « C’est un signal que l’on envoie à la Syrie. » ajoute le directeur du Groupe de Recherches et d’Etudes sur la Méditerranée et le Moyen-Orient.
Une guerre des déclarations
« Prendre pour cible un avion de cette façon, sans avertissement préalable, est un acte hostile au plus haut point », a affirmé, lundi, le vice-Premier ministre turc et porte-parole du gouvernement Bülent Arinç. Il a également déclaré qu’un avion de sauvetage en mer turc avait essuyé des tirs syriens alors qu’il menait des recherches pour retrouver les pilotes du F-4 Phantom. « Notre état-major ont appelé les autorités syriennes et ce harcèlement a immédiatement cessé ». Enfin, lors d’un discours devant le Parlement, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a violemment condamné le régime syrien et affirmé que « les règles d’engagement des forces armées turques (avaient) désormais changé ». Mais pour Fabrice Balanche, « Erdogan est habitué à faire des déclarations de ce type qui ne sont pas suivies de faits ».
La Turquie, base arrière des rebelles syriens
Pour ajouter à la tension, un nouveau général a fait défection en Turquie, ce mardi. Ce qui porte à 13 le nombre de généraux syriens déserteurs accueillis aujourd’hui par Ankara. Le général non identifié est entré en Turquie en compagnie de deux colonels et cinq autres officiers ainsi que 24 membres de leurs familles, soit un groupe de près de 200 personnes, selon une source diplomatique turque. La Turquie héberge plus de 33.000 réfugiés syriens dans le sud du pays. C’est également depuis la Turquie que la direction de l’Armée syrienne libre dirige les opérations sur le terrain. Les réunions du Conseil national syrien, la principale coalition de l’opposition syrienne sont par ailleurs organisées à Istanbul.
Frédéric Toussaint pour ARTE Journal (avec Libération)
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Interview de Fabrice Balanche (Directeur du Groupe de Recherches et d’Etudes sur la Méditerranée et le Moyen-Orient à la Maison de l’Orient et de la Méditerranée)
