Le monde arabe en révolution(s)

Susanne Sterzenbach : « Cette révolution a permis aux femmes de reconquérir leur pouvoir »

21 décembre

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Les femmes ont particulièrement attiré l’attention des medias lors des manifestations au Yémen : des milliers d’entre elles ont pris part aux défilés, toutes de noir vêtues, de la tête aux pieds comme il est de coutume désormais dans ce pays. Autrefois, elles arboraient de longues tuniques imprimées de couleurs vives. On en voit, parfois encore, dans la vieille ville.

Ici, celles qui se contentent d’un foulard et se promènent à visage découvert, sont considérées comme non voilées. Nous allons à la rencontre de femmes, toutes très différentes les unes des autres. Un professeur de karaté – avec son foulard -, une banquière – voilée -, et une ingénieure en aéronautique, qui porte un foulard, elle aussi. Toutes trois se disent satisfaites du statut dont elles jouissaient sous l’ancien gouvernement. Elles soutiennent le président Saleh, et redoutent que leurs prérogatives – tant leur liberté que leur vie professionnelle – ne soient menacées en cas de retour en force des islamistes au pouvoir.

Au campement des révolutionnaires, nous allons à la rencontre de Nadia, femme d’affaires et spécialiste internet, indépendante politiquement. Elle a bravé son père, conservateur convaincu, pour venir travailler de jour dans ce campement de l’opposition. Nadia photographie tout : les manifestations, les interventions de la police, les victimes – blessées ou mortes – et publie ses clichés la nuit sur le net.

Nabiha, journaliste, nous invite à venir chez elle. Jusqu’à présent elle travaillait pour une agence de presse, mais le bâtiment qui abritait l’agence a été sérieusement ravagé lors de tirs croisés. Nabiha n’est pas favorable aux manifestations ; pourtant elle rêve d’un Yémen nouveau et moderne, où elle pourrait lancer sa propre émission de télévision.

Nous cherchons en vain, parmi les protestataires, Tawakoul Karman, prix Nobel de la Paix. Activiste engagée en faveur des droits de l’homme, membre du Parti islamiste Al Islah – Parti Yéménite pour la Réforme – elle parcourt les Etats-Unis et l’Europe pour y donner des conférences. Elle veut mobiliser l’opinion publique en faveur d’un changement politique au Yémen, et de la création d’une commission internationale chargée d’enquêter sur les actes de barbarie perpétrés par l’ancien gouvernement du Président Saleh. Selon certaines rumeurs, Tawakoul Karman envisagerait de se désolidariser de Al Islah afin de fonder son propre parti, politiquement proche de la jeune dissidence. Pour la rencontrer nous partons à Berlin, dans les locaux de la Fondation Friedrich Ebert. C’est une femme déterminée et éloquente qui nous reçoit, ses idéaux politiques sont on peut plus clairs : elle réclame un état de droit, la démocratie et l’égalité des droits. Selon elle, « cette révolution a permis aux femmes de reconquérir leur pouvoir. Rappelons que deux femmes ont jadis régné sur le Yémen : Bilqis, reine de Sabba, et Arwa. C’était l’âge d’or au Yémen». Aux femmes qui ont peur des mutations politiques, elle rétorque que « le plus gros obstacle pour nous les femmes, c’est la famille, surtout dans les sociétés arabes. Lorsque nous l’aurons franchi, tout nous sera possible».

 

 


Susanne Sterzenbach
Susanne Sterzenbach fait ses études en traduction à Mainz et Munich. En 2011 elle était correspondante pour l’émetteur de télévision allemand ARD en Afrique de Nord. En 2004 elle retourne à Stuttgart où elle travaillera pour les émetteurs de télévision SWR et ARD.

 

 

 

 

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