Le monde arabe en révolution(s)

Susanne Sterzenbach : « Qui tire sur qui, ici ? »

08 décembre

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Aéroport de Sanaa ; il est six heures du matin. Tout va très vite : visa en poche, nous avons repéré le collaborateur du ministère de l’intérieur chargé de nous suivre lors de notre séjour. Les douaniers veulent savoir pourquoi nous n’avons pas emmené de moyens d’émission satellite pour la diffusion de nos directs. Nous leur répondons que ne sommes pas venus ici pour couvrir l’actualité, mais pour tourner des sujets-magazine pour ARTE. Cela tombe bien.

L’après-midi même, nous faisons la connaissance de Nadia, chargée d’internet au campement des manifestants installé devant l’université. C’est elle qui nous guidera au sein du mouvement de contestation ; elle nous explique quels partis et quelles tribus campent ici, et où les trouver. Nous avons carte blanche pour tourner où nous voulons, personne ne nous en empêchera. Le représentant du ministère de l’intérieur n’est cependant jamais très loin ; il veille, discrètement.

La nuit tombée, des tirs résonnent sur Sanaa. De l’hôtel, on les entend distinctement. La voiture de notre organisateur yéménite en fait les frais, elle a été touchée par des balles perdues. Et c’est le même scénario chaque nuit. Qui tire sur qui, ici ? Les troupes gouvernementales ont pour cible les unités dissidentes de l’armée, et vice versa. La révolution semble échapper aux jeunes Yéménites indépendants politiquement. Leur lutte était fondée sur la volonté de promouvoir la démocratie. Mais aujourd’hui, tout se joue entre factions – rivales depuis la nuit des temps au Yémen – et qui s’affrontent surtout pour le pouvoir et la richesse.

La complexité de la situation est telle qu’il nous faudra quelques jours pour dresser un état des lieux. Si l’on occulte ce climat politique pour le moins tendu, nous sommes tous tombés sous le charme de Sanaa et de sa ville ancienne extraordinaire, véritable bijou créé par la main de l’homme. La beauté des lieux invite à partager cet émerveillement. Partout, on nous offre l’hospitalité ; et je sais que si j’avais décidé de ne pas porter de foulard, personne ici ne m’en ferait la remarque.

 


Susanne Sterzenbach
Susanne Sterzenbach a fait ses études en traduction à Mainz et Munich. En 2011 elle était correspondante pour l’émetteur de télévision allemand ARD en Afrique de Nord. En 2004 elle retourne à Stuttgart où elle travaillera pour les émetteurs de télévision SWR et ARD.

 

 

 

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