Rima Marrouch : « Vivre avec les checkpoints »
16 mai
Les checkpoints sont devenus un redoutable outil servant au régime syrien à réprimer la population et à faire grandir la peur dans le pays.
Il y a un an encore, les Syriens n’étaient pas confrontés aux checkpoints. On en trouvait au Liban, pays voisin occupé pendant plus de deux décennies par l’armée syrienne, mais pas sur le territoire syrien. A présent, on en trouve dans les villes comme dans les campagnes ou sur les voies rapides. Les checkpoints sont devenus une réalité quotidienne.
Quand on est recherché, explique un activiste, une manière d’échapper aux ennuis est de porter la carte d’identité de quelqu’un d’autre.
« On te demande ta carte d’identité et les soldats ont une liste » précise Youssef, un journaliste syrien retenu à un checkpoint de Damas en 2011. « Si ton nom de famille ou ta ville d’origine laissent planer un soupçon d’opposition, ils vérifient si ton nom est sur la liste. »
Lorsque Youssef a été arrêté, il avait son ordinateur portable et un disque dur avec 62 vidéos courtes filmées à Deraa, ainsi que des séquences tournées lors des manifestations à Douma. Youssef a été détenu plus d’un moins, interrogé et battu.
« Si tu viens de Homs, Deraa, Idlib, ou Hama, et que tu te trouves à Damas, tu es tout de suite suspect à leurs yeux et ils te contrôlent » ajoute-t-il. « Maintenant, dès que je passe un checkpoint, j’ai peur. »
Se déplacer et circuler est devenu extrêmement difficile à cause du nombre élevé de checkpoints. Il y en pas loin de 13 rien que sur la route entre Deraa et Damas. D’après Yazan, un opposant au régime, il y aurait des checkpoints par douzaines à Homs. Pour éviter les ennuis, les militants ont mis au point des cartes matérialisant les checkpoints autour des villes. La connaissance des checkpoints est très utile aux forces d’opposition.
« En attaquant un checkpoint, l’Armée syrienne libre met la main sur des armes et des munitions » précise Mohammad Fizo, un militant actif dans le sud de la Turquie.
Les contrôles de sécurité sont généralement installés dans des zones sensibles stratégiques. En Syrie, il y a deux types de checkpoints : les checkpoints militaires et ceux de la sûreté.
« En moyenne, il y a environ 4 à 6 personnes, ça dépend du checkpoint » explique Youssef. « Il est facile de faire la différence entre les checkpoints militaires et ceux de la sécurité. Les forces de la sécurité portent un mélange de vêtements civils et militaires. »
Certains Syriens se plaignent, car les checkpoints apportent plus de dangers que de sécurité. Um Kinan tient un commerce dans un village près de Homs. Elle a pris peur quand un checkpoint est apparu à l’entrée de son village. Depuis, les incidents sont de plus en plus fréquents.
« On ne dort plus » confie-t-elle. « Il y a souvent des altercations entre les forces gouvernementales et les rebelles. Nous vivions plus en sûreté quand le checkpoint n’était pas là. »
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Rima Marrouch est une journaliste syro-polonaise indépendante. Elle a grandi à Homs dans les années 90, lorsque la ville était encore un endroit paisible. Elle écrit des reportages sur la Libye et sur la Syrie pour le LA Times. Elle a également travaillé pour le « Committee to Protect Journalists/Middle East and North Africa Program ». Aujourd’hui, elle est basée à Beyrouth, au Liban.
Vous pouvez suivre Rima sur Twitter et lui écrire sous @ RimaMarr
© photo Rima Marrouch : Everyday Rebellion
Everyday Rebellion - Un projet cross-media sur la lutte non-violente dans le monde ; coproduit par ARTE
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