Rima Marrouch : « Les artistes syriens s’opposent au régime en le singeant »
11 avril
Un spectacle de marionnettes aussi, peut être révolutionnaire. En tout cas, il peut faire grincer les dents.
Top Goon : Journal d’un petit dictateur – qu’on appelle également Massasit Matti en arabe, du nom d’une boisson syrienne très populaire – est une série de treize vidéos postées sur You Tube, qui mettent en scène des marionnettes et raillent des personnalités bien connues du régime syrien.
« Le travail de ce groupe d’artistes est important parce qu’il s’oppose au culte de la personnalité que les syriens ont subi pendant quarante ans.» affirme un réalisateur syrien qui souhaite garder l’anonymat.
Comme la plupart des syriens, les auteurs manient l’humour noir et ils parviennent ainsi à faire sourire leur public, même dans les moments les plus difficiles. Le premier épisode met en scène le président Beeshu, alias Bashar, qui se réveille à la suite d’un cauchemar, dans lequel il voit la population manifester en masse. « Pourquoi le peuple syrien ne m’aime-t-il plus ? Pourquoi veulent-ils renverser le régime ? » pleurniche le dictateur abandonné de tous.
Dans un deuxième épisode, le président Beeshu apparaît dans une parodie de l’émission « Qui veut gagner des millions ? », intitulée « Qui veut tuer des millions ? ».
Cet épisode présente un président seul, qui ne tient compte que de ses intérêts personnels au moment de prendre des décisions. Lorsqu’il ne connaît pas la réponse et demande à solliciter l’aide d’un ami, le présentateur lui demande : « Vous avez encore des amis ? »
« Nous avons développé de nouveaux personnages, de nouvelles marionnettes, comme celle d’un soldat déserteur »dit Jamil, le responsable du projet, qui préfère ne pas dévoiler son identité. « Les scènes que nous écrivons en ce moment sont plus dramatiques. Je crois que nous avons perdu le sens de l’humour qui caractérisait les premiers épisodes. L’élément tragique prend de l’ampleur. Six épisodes au moins s’achèvent avec la mort du personnage principal. »
Lors de ses débuts l’été dernier, la série a connu un immense succès auprès des activistes syriens et des membres de l’opposition. Mais aujourd’hui, le groupe d’artistes qui est à l’origine du projet, a du mal à lui trouver un financement.
« J’ai l’impression qu’il y a un réel intérêt pour l’art et la production artistique syrienne, mais sans que cela se concrétise financièrement » ajoute Jamil. « La première saison a été plus facile à réaliser parce que le plus gros de la préparation se faisait dans le pays. Des amis artistes nous aidaient, souvent bénévolement. C’est plus difficile maintenant. »
Le groupe récolte des fonds par l’intermédiaire du site Kickstarter, une plateforme de financement de projets créatifs en ligne. Ils n’ont que quelques semaines pour réunir l’argent dont ils ont besoin, sinon ils ne recevront rien, comme le stipulent les règles de Kickstarter.
Le groupe estime son travail encore plus précieux maintenant. Selon lui, l’expression artistique apporte une alternative aux déchaînements de violence engendrés par le conflit.
« Le fait est que la situation en Syrie est devenue vraiment compliquée, » explique Jamil. « Les gens sont armés, et le discours s’est fait haineux et sectaire. »
Voir le premier épisode de la série : « Les chauchemars de Beeshu »
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Rima Marrouch est une journaliste syro-polonaise indépendante. Elle a grandi à Homs dans les années 90, lorsque la ville était encore un endroit paisible. Elle écrit des reportages sur la Libye et sur la Syrie pour le LA Times. Elle a également travaillé pour le « Committee to Protect Journalists/Middle East and North Africa Program ». Aujourd’hui, elle est basée à Beyrouth, au Liban.
Vous pouvez suivre Rima sur Twitter et lui écrire sous @ RimaMarr
© photo Rima Marrouch : Everyday Rebellion
Everyday Rebellion - Un projet cross-media sur la lutte non-violente dans le monde ; coproduit par ARTE
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