Le monde arabe en révolution(s)

Rima Marrouch : « La guerre des graffiti en Syrie »

13 mars

rima12.03.teaser

Certes, le climat en Syrie est résolument à la violence, mais il est important de rappeler que les protestations ont débuté en Syrie l’année dernière avec des mots, pas avec un Kalashnikov. Un groupe d’étudiants de Deraa avait écrit le slogan « Le peuple ne veut plus de ce régime » (“Alshaab yurid isqat alnizam”). L’arrestation et la torture de ces enfants ont suscité la colère de la population et engendré les premières manifestations de masse à Deraa avant de s’étendre à tout le pays.

Parallèlement à la violence de la répression, une deuxième guerre fait rage : la guerre des graffiti pour le contrôle des images et des slogans. Les murs se font le champ de bataille des graffeurs pro et anti gouvernementaux. Dans le Midan, au centre de Damas, un quartier autrefois célèbre pour ses restaurants, les murs sont recouverts de peinture noire pour couvrir les slogans anti-gouvernementaux.

« Des amis m’ont dit avoir lu le slogan ‘A bas Bashar !’ à Damas. Apparemment, les forces de sécurité étaient plutôt paresseuses, elles ont uniquement recouvert ‘A bas’ et ont laissé ‘Bashar’ », raconte un activiste syrien.

Rana Jarbou est l’auteur du livre « Arabian Walls », « Murs arabes », sur les graffiti dans le monde arabe. Elle explique que l’histoire du graffiti syrien date de 2008 et du court métrage « Le Graffeur » (The Sprayman). Le héros, un graffeur, a lancé une campagne de graffiti pour lutter contre la pollution. Il finit par se rendre aux autorités et se fait enfermer, avec ses bombes de peinture, dans une cellule aux murs immaculés. Pour le punir, tout ce qu’il peint est aussitôt recouvert de peinture blanche. Le titre du film est devenu une référence pour décrire les jeunes taggeurs. Rana Jarbou ajoute : « si tu ne connais pas « Le Graffeur », tu ne connais rien à la révolution syrienne. Il y a un graffeur dans chaque ville syrienne maintenant. Les jeunes savent que leurs graffiti seront immédiatement effacés, alors ils les immortalisent sur You-Tube. »

Depuis le début des événements, plusieurs graffeurs ont été arrêtés, comme Mohammed Khanji de Damas, qui a été torturé. Mohammed Ratib, de Homs, plus connu sous le pseudonyme de « Nemer », le Tigre, a été tué en juillet 2011. Adnan Zirai, le scénariste du « Graffeur », originaire de Baba Amr à Homs, a été arrêté le 26 février, près de sa maison à Damas.

A Beyrouth, de l’autre côté de la frontière, un graffiti annonce « En 2011, le peuple veut vivre. En 2012, force est pour le destin de répondre », en référence aux célèbres vers du poète tunisien Abou el Kacem Chebbi, qui a écrit « Lorsqu’un jour le peuple veut vivre, force est pour le destin de répondre » .

 

YouTube vidéo de « Mazzeh »:

 

© Photo du haut: Mulham Al-Jundi, pris à Homs

 


Rima Marrouch est une journaliste syro-polonaise indépendante. Elle a grandi à Homs dans les années 90, lorsque la ville était encore un endroit paisible. Elle écrit des reportages sur la Libye et sur la Syrie pour le LA Times. Elle a également travaillé pour le « Committee to Protect Journalists/Middle East and North Africa Program ». Aujourd’hui, elle est basée à Beyrouth, au Liban.

Vous pouvez suivre Rima sur Twitter et lui écrire sous @ RimaMarr

 

 

 © photo Rima Marrouch : Everyday Rebellion

 

Link

Everyday Rebellion - Un projet cross-media sur la lutte non-violente  dans le monde ;  coproduit par ARTE

blog comments powered by Disqus