Le monde arabe en révolution(s)

Le rappeur marocain El Haqed condamné à un an de prison ferme en appel

01 août

mouad_teaser1

La peine maximale prévue en cas d’outrage à un agent de police a été confirmée en appel le 27 juillet dernier. Avec ce verdict, la justice marocaine a donc à nouveau choisi l’option de la sévérité. Et un signal clair : l’Etat voulait à tout prix voir le rappeur Mouad Belghouat, alias El-Haqed, derrière les barreaux.

Sa grève de la faim n’aura rien changé à la rigidité de la justice. Le Cour d’appel de Casablanca a confirmé la condamnation du rappeur à de la prison ferme, assortie d’une amende de 1.000 dirhams (90 euros).

Début juillet, le jeune Casablancais, bête noire de la monarchie, avait durant 48 heures cessé de s’alimenter pour protester contre ses conditions de détention. En plus d’avoir interdiction totale d’utiliser le téléphone, il était harcelé par les autres prisonniers et voyait sa cellule constamment fouillée par les gardiens.

Pour le verdict en première instance, le juge avait décidé à la dernière minute d’avancer de deux heures l’audience, une façon, sans doute, d’éviter qu’elle ne se transforme en manifestation. A chaque fois, les fans d’El-Haqed sont venus nombreux soutenir celui qui est devenu peu à peu leur porte-parole.

Une vidéo Youtube à l’origine de la plainte

Le rappeur marocain El-Haqed (« le rancunier »), l’un des visages les plus connus du mouvement du 20 février, s’était fait arrêter le 29 mars 2012. Il a été convoqué devant la justice pour outrage à un officier public, en raison d’une vidéo postée sur Internet montrant des agissements de policiers avec l’un de ses morceaux comme bande sonore. La chanson, qui a déclenché la plainte, circulait depuis 2008 sur Internet sans avoir jamais attiré l’attention des autorités. Et d’autres rappeurs ont critiqué les forces de l’ordre du royaume sans jamais être incarcérés.

El-Haqed, de son vrai nom Mouad Belghouat, comparaissait une nouvelle fois devant la justice marocaine, l’accusation retenue cette fois-ci étant « outrage à agent ». En cause, une vidéo postée sur Youtube (désormais retirée) montrant les agissements de policiers marocains contre le mouvement de protestation avec en fond sonore son morceau« Kilaab Addawla »(« Les chiens de l’État »), où il critique verbalement les forces de l’ordre. Selon l’accusation, ces images mis en relation avec le texte de son morceau constituent un outrage. Pourtant, Mouad n’a pas mis en ligne cette vidéo, et dit ne pas être l’auteur du montage.

Ci-dessous, le titre « Kilaab Addawla» mis en cause, illustré avec un montage différent.

Symbole de la jeunesse contestataire

Figure emblématique de la contestation populaire, l’artiste paie chèrement l’audace de ses textes. Dans la chanson incriminée, « Les chiens de l’État », il multiplie les questions rhétoriques comme autant de coups de poing portés au régime : « Pourquoi le peuple marocain paie-t-il le salaire des policiers qui le répriment ? Pourquoi la justice est-elle devenue le lieu de la corruption et des affaires ? Pourquoi le peuple marocain ne bénéficie-t-il pas de toutes les richesses du pays ? Pourquoi les plus grands hommes d’affaires marocains deviennent-ils des ministres corrompus ? Pourquoi la loi ne protège-t-elle pas les pauvres ?« . Autant d’interrogations qui ne laissent que peu de place au doute sur les positions frondeuses de l’artiste.

Âgé de 24 ans, Mouad Belghouat avait déjà été condamné l’automne dernier pour coups et blessures à la suite d’un procès pour le moins douteux, avant d’être libéré au mois de janvier.

Nous avons réalisé un portrait de Mouad dans le cadre de notre webdocumentaire « Génération Révolution » :

 


Les articles sur notre site :


Le rappeur Mouad Belghouat libre !

Le rappeur Mouad Belghouat toujours emprisonné au Maroc !

Interview de Zineb el Rhazoui : « Le régime marocain est passé maître dans l’art de l’invention de faux procès »

 


 Sur le web ailleurs :


Le groupe de soutien sur Facebook
(en arabe)

Pour plus d’informations sur El-Haqed, vous pouvez consulter les liens suivants:
Mouad Belghouat, le rappeur redouté par la monarchie marocaine
Maroc: le rappeur Mouad Belghouat restera en prison

Le procès de « El-Haqed » renvoyé au 25 avril
Ils sont décidés à broyer Mouad !

 

blog comments powered by Disqus