Le monde arabe en révolution(s)

Benoît Delmas : « L’élection la plus importante au monde… »

19 octobre

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L’élection la plus importante au monde depuis la chute du mur de Berlin. Le 23 octobre, les Tunisiens prouveront à la planète et surtout aux autres pays arabes qu’un peuple peut s’affranchir de son dictateur et organiser en moins de dix mois des élections sérieuses.


A Tunis, les journalistes sont de retour. Venus en masse en janvier, partis en février, les revoilà ! Les hôtels Africa et Continental, qui se font face avenue Bourguiba, affichent complets. Beaucoup d’européens, des américains, des arabes. 487 cartes de presse sont accréditées par l’ISIE. Dimanche, la Tunisie sera le centre du monde. Lundi, selon la couleur des résultats, on connaîtra l’opinion de la presse mondiale.

Pour la Libye, la Syrie ensanglantée par le régime Alaouite, pour le voisin algérien, pour les Yéménites, les Egyptiens, ce scrutin tunisien est un symbole porteur d’espoir. C’est possible. Beaucoup de tunisiens pensent, à l’image de ce jeune sans emploi « que les arabes ne peuvent pas vivre en démocratie, on en est incapable. » Pour un européen comme moi, ça fait bizarre d’entendre cela. Wissem, qui tient une boutique de chaussures à Tunis, estime que « quand un président est élu chez nous, il met de la super glu sur sa chaise et reste collé au pouvoir jusqu’à sa mort. » Malgré ces propos très répandus chez l’homme de la rue, le Tunisien moyen, le pays prouve chaque jour que c’en est fini de ce système despotique. On parle, partout. On se grise de mots, après des décennies de baillons. Pour autant, tous ne se sont pas inscrits sur les listes électorales. Plus que le résultat, le taux de participation dira le degré d’implication de la population à la démocratie. Une forte abstention serait un signal désastreux envoyé aux peuples qui tentent de se libérer, avec un courage, de leurs dictateurs. Un sondage a livré une estimation de l’abstention : 30%.

Les indécis, nombreux encore, se grattent la tête face aux 91 partis en lice. Ils/elles se questionnent, s’interrogent, cherchent une bonne raison pour aller voter. Les Tunisiens ont deux responsabilités dimanche : asseoir leur destin et prouver aux peuples arabes que la démocratie n’est pas qu’un mot. Mais une réalité.

 Elections en Tunisie - Suivez le blog aux regards croisés avec Benoît Delmas et Sarah Ben Hamadi

 


Benoît Delmas, 40 ans, est écrivain, anime un blog Le Western culturel et pratique le journalisme. Auteur de quatre livres ( dont « Bal tragique chez Vivendi » chez Denoël ou « La Forteresse Endemol » chez Flammarion), il a été éditeur chez Fayard avant de rejoindre le Nouvel Economiste pour diriger durant sept ans la page Médias.

 

 

 

 

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