Ahlam Oun : « Ali Shehab : L’artiste bahreïni brave la ligne rouge »
03 juillet
La révolution du 14 février, inspirée du printemps arabe, a libéré les artistes bahreïnis qui expriment désormais leur art sans tenir compte des limites imposées par le régime.
Parmi les artistes concernés, on trouve le dessinateur de bande dessinée Ali Shehab, plus connu sous le pseudonyme de « Ali Cartoon ». Ali explique le changement opéré dans son art depuis le 14 février : « Il n’y a plus de limite dans mes dessins, mon crayon est enfin libéré. »
Avant la répression, Ali et ses confrères exprimaient leur art lors de rencontres avec les manifestants sur la Place de la Perle. Mais aujourd’hui, tout a bien changé. Ali explique : « La situation actuelle ne permet pas à un artiste d’exposer son art en toute sécurité ou de se réunir avec d’autres artistes. Les seuls moyens qu’il nous reste pour communiquer sont les média sociaux. »
Les média sociaux sont devenus le principal outil de communication des mouvements révolutionnaires. Le gouvernement s’est trouvé désarmé, ne sachant comment les appréhender, quand le système judiciaire manque de réglementation claire sur le sujet. Ali poursuit : « Le mois dernier, Nabeel Rajab, le Président du Centre Bahreïni pour les Droits de l’Homme, a été arrêté pour avoir posté un tweet critique envers le Premier Ministre. Je suis sûr que les dessins incisifs que je poste sur mon compte twitter font de moi une cible. Je peux être arrêté n’importe quand, à cause de mes tweets corrosifs. »
En dépit des menaces pour sa sécurité, Ali n’a pas changé le thème de ses dessins, mais il s’est fait plus sélectif. Il explique : « Tout le monde a bien saisi le fonctionnement général de ce régime brutal. C’est pourquoi je privilégie désormais des histoires et des situations qui nécessitent plus d’attention. Certaines organisations passent commande pour un dessin qu’elles souhaitent utiliser dans l’une de leurs campagnes ou pendant une manifestation, et mon art se met au service d’une cause plus noble encore. »
Le dernier dessin d’Ali est un hommage à Jaffar Salman, un Bahreïni emprisonné pour avoir manifesté et presque aveugle après que la police lui a tiré dans le visage. Ce dessin a été imprimé et utilisé lors d’une manifestation.
Le dessin d’Ali Shehab en hommage à Jaffar Salman.
Le changement dans les mentalités, dû à l’utilisation abusive des média sociaux, a inspiré un projet artistique à Ali. Il le détaille ainsi : « Les gens ne veulent plus maintenant que des informations tapageuses de 140 caractères maximum ou alors des photos et des vidéos. Ils ne lisent plus les longs messages ou les blogs comme ils le faisaient auparavant. Ça m’a donné l’idée d’un nouveau projet de livre artistique. Je prévois de faire un ouvrage qui explique les événements survenus à Bahreïn depuis le 14 février, sans faire de longs textes, juste à l’aide de croquis et de dessins. »
Comme Ali l’a précisé, le livre en projet utilisera moins de mots et plus de supports visuels, ce qui le rendra plus attractif au niveau international, sans avoir à se soucier de la barrière de la langue. Il semblait très enthousiaste à l’idée de créer ce livre, mais il a tout de même terminé sa phrase par ces mots, que tous les militants bahreïnis utilisent : « … à moins que je ne me fasse arrêter. »
Le drapeau le plus célèbre, élevé sur la Place de la Perle et sur lequel on peut lire « Place des Martyrs » est une réalisation d’Ali Shehab.
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Ahlam Oun est une jeune bloggeuse militante originaire de Bahreïn. Elle monte des programmes d’aide aux jeunes axés sur le volontariat, la prise de parole publique et la gestion de projet. Elle a fondé « Mumayaz, Inspiring Youth », un programme d’échange culturel entre Bahreïn et le Japon, et a également travaillé pour l’ONG « Search for Common Ground », dont le but est la prévention des conflits.
Après le soulèvement du 14 février à Bahreïn, Ahlam a ouvert un blog sous son vrai nom, alors qu’elle postait anonymement depuis 2008. Elle écrit principalement en anglais et s’intéresse surtout à la question des droits de la jeunesse, de l’injustice et de la violation des droits de l’homme.
Le blog d’Ahlam « Making Noise »
Le compte Twitter d’Ahlam : @AhlamOun
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